Histoire du Chance Vought F4U-5NL Corsair - F-AZEG

Avion de légende par excellence de la guerre du Pacifique, le Chance-Vought Corsair est reconnaissable notamment par sa silhouette caractéristique avec son aile en W, destinée à augmenter la visibilité vers le bas lors de l'appontage sur porte-avions, mais aussi à diminuer la hauteur du train d'atterrissage par rapport à la taille de l'hélice et ainsi à augmenter sa solidité.

Devenu aujourd'hui un avion de collection il fut en son temps un avion redoutable aux mains des pilotes de l'US Navy et des Marines pendant la Deuxième Guerre Mondiale et la Guerre de Corée. Il équipa, dans sa dernière version, l'Aéronavale Française ainsi que plusieurs pays d'Amérique du Sud.

Le Corsair est un des avions les plus connus également grâce à l'histoire romancée de la célèbre escadrille des Têtes Brûlées, menée par le célèbre Major Greg «Papy» Boyington (titre original: Ba Ba Black Sheep, pour brebis galeuses) et son adaptation télévisuelle.

L'histoire du F4U-5NL Corsair de la Collection Salis commence le 26 septembre 1951, lors de sa prise en charge par l'US Navy. Assigné à la VC-3 en Avril 1952, le Corsair BuNr. 124724 fut envoyé en Corée à bord de l'USS Valley Forge en décembre suivant. Son 1er tour d'opérations dura 6 mois, au sein du détachement B.

En Août 1953, 124724 fut détaché à bord de l'USS Boxer, au sein du détachement H. Son 2ème tour d'opérations se termina en Novembre 1953 et il fut renvoyé aux Etats-Unis, après une année de combats presque continus.

Lors de son retour, on ne sait pas avec exactitude s'il continua à voler ou s'il fut placé dans un dépôt. La dernière information connue indique qu’en mars 1956, il fut envoyé dans le désert de Litchfield Park, près de Tucson, dans l'Arizona, pour y être entreposé.

Au début des années 50, certains pays d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud montrèrent un intérêt dans l'acquisition d'appareils qui venaient d'être retirés du service de l'US Navy et de l'US Air Force. La volonté des Etats-Unis de promouvoir la démocratie dans ces pays, poussa le gouvernement américain à mettre en place un programme d'aide militaire, le Military Aid Sales [MAS], afin de fournir des avions et différents matériels qui étaient alors stockés et disponibles en large quantité.

Un de ces pays, le Honduras, montra un vif intérêt pour l'achat de Corsair afin de remplacer sa flotte vieillissante de P-38 Lightning et de P-63 Kingcobra. En mars 1956, la complexité et le manque de fiabilité de ces avions poussa donc la Fuerza Aera Hondurena à conclure un accord dans le cadre de ce programme ce qui permit la livraison, sur la base de Tegucigalpa, de 10 F4U-5, F4U-5N et F4U-5NL. 124724 faisait partie de ce dernier lot.

Les Corsair honduriens restèrent en service pendant 13 années et 124724 fut engagé au combat une nouvelle fois lors de la Guerre du Football en 1969. Le Honduras et El Salvador étaient alors équipés tous les deux de Corsair: le Honduras possédait des F4U-4 et F4U-5 et El Salvador était équipé de FG-1D. Il n'y a pas de doute que 124724 pris part à des attaques au sol contre les forces armées du Salvador qui avaient franchi la frontière ouest du Honduras. Cette guerre dura un peu moins de 2 semaines, après quoi 124724 et les autres Corsair de la FAH furent retirés du service, stockés et remplacés par des F-86 Sabre au début des années 1970.

En 1979, la société Hollywood Wings Inc., appartenant à George et Jim Nettle, ramena 7 des 8 Corsair qui restaient en état de vol pour les revendre à des collectionneurs américains, et se porta acquéreur du dernier exemplaire (BuNo. 124724).

Pendant son vol de convoyage du Honduras vers les Etats-Unis, 124724 subit une panne du train d'atterrissage lors d'une escale qui était prévue au Belize. Ed Real, qui était aux commandes, largua alors les réservoirs supplémentaires au-dessus de la jungle et procéda à un atterrissage sur le ventre. Les dégâts furent minimes et seulement l'hélice dut être remplacée. Avec l'aide des troupes britanniques stationnées sur place, 124724 fut à nouveau déclaré bon de vol seulement deux semaines plus tard. Il décolla du Belize et termina son vol de convoyage, sans encombre cette fois-ci, jusqu'à sa nouvelle base de Los Angeles, en Californie.

Hollywoods Wings le fit voler pendant 4 ans, avant de le vendre, en 1983, à Terry Randall et John Rourke de Tulsa, dans l'Oklahoma, lesquels le revendirent immédiatement à Philipp Bass de Fairhope, dans l'Alabama.

En 1984, Bass vendit alors le Corsair à Ralph C. Parker de Whichita Falls, au Texas, qui le fit repeindre dans ses couleurs originales de la VC-3, unité avec laquelle il servit en Corée (codé 22 - NP) mais seulement avec la lettre P peinte sur l'empennage vertical (P comme Parker). Ralph Parker présenta son Corsair dans de nombreux meetings pendant les deux années qui suivirent, puis décida finalement de le revendre.

En mars 1986, Jean Salis acheta 124724 et le fit acheminer par bateau à Amsterdam, où il arriva le 21 avril 1986. Aujourd’hui, 124724 est le dernier Corsair en état de vol en France.

Traduction du texte original de Rob Mears effectuée par Benjamin Gilbert.